Histoire des irradiés pour la France

Histoire des irradiés pour la France
Sans aucun esprit de couleur politique il sera traité ici des conséquences humaines relatives aux manquements du devoir de sécurité et protection par l'Etat Français envers les personnels ayant participé aux essais nucléaires de la France pendant la période de 1960 à 1996.
Pendant cette longue période au cours de laquelle se sont déroulés 210 essais tous les Gouvernements, quelques soient leurs appartenances politiques, sont responsables devant des Citoyens qui ont loyalement servie la France dans les moments où elle en avait besoin pour permettre son indépendance de défense et donc sa liberté.
Le sujet n'est absolument pas d'être pour ou contre le nucléaire mais de faire connaître à l'opinion publique les manquements de l'employeur "Etat Français" à ses obligations de sécurité vis à vis de la santé de ses employés et de faire reconnaître la responsabilité juridique et morale de l'Etat pour permettre les indemnisations et la reconnaissance officielle des Vétérans Français atteints dans leurs chairs (et les familles de disparus trop tôt par cancers) sans qui la France n'aurait pu obtenir sa liberté et son libre arbitre dans le monde.

Bien que le nombre des civils et militaires qui ont participé aux essais nucléaires de la France, entre le 13 février 1960 et le 27 janvier 1996, n'ait jamais été rendu public on estime à 150.000 le nombre de personnes qui ont assisté aux 210 essais nucléaires français. Une première étude médicale réalisée par les associations sur 720 vétérans montre que 30% d'entre eux sont atteints de cancers, contre 17% de la population nationale du même âge !

Nombreux sont ceux qui font état de graves problèmes de santé, notamment cancéreux, mais aussi ophtalmologiques et cardiovasculaires. Les mêmes problèmes de santé se retrouvent aussi bien chez les personnes militaires, les civils du CEA et des entreprises sous traitantes d'origine métropolitaine, que chez nos citoyens de Polynésie française ou encore chez les populations qui ont été employées dans les sites algériens du Sahara.
De plus, des informations alarmantes font également état de problèmes sanitaires inexpliqués dans les populations vivant à proximité des anciens sites d'essais nucléaires français, notamment celles des oasis proches de Reggane et des îles et atolls polynésiens proches de Mururoa et Fangalaufa.
Contrairement à ce qui est avancé habituellement par les autorités françaises, les conséquences des expériences nucléaires sur la santé sont loin d'être négligeables. Les témoignages abondent de vétérans ou d'anciens travailleurs décédés dans la force de l'âge de pathologies que certains médecins n'hésitent pas à attribuer à la présence de leur patient sur un site d'essais nucléaires.
Des dizaines de vétérans ont, depuis des années, engagé des procédures en justice pour obtenir droit à pension ou à indemnisation en réparations aux préjudices qu'ils attribuent aux essais nucléaires. La plupart des procédures se terminent en fin de non recevoir, les autorités judiciaires exigeant du plaignant la preuve scientifique du lien entre son état de santé actuel et sa participation à des essais nucléaires.
Les mêmes pathologies se retrouvent chez les vétérans et les populations qui ont vécu à proximité des sites d'essais nucléaires des autres puissances. C'est le cas notamment aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, mais aussi en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux Fidji.
Dans ces différents états, les gouvernements ont pris des dispositions concrètes pour faire droit aux revendications de leurs ressortissants. Ainsi, depuis la fin des années 1950, les Etats-Unis ont mis en place un suivi médical spécifique des populations des îles Marshall et ont créé un fonds d'indemnisations pour les populations déplacées de ces atolls. Le 25 avril 1988, le Sénat américain a adopté une loi d'indemnisation des vétérans exposés aux radiations, en établissant la présomption d'un lien avec le service pour des maladies dont souffrent les vétérans ayant été exposés aux radiations. Cette loi américaine, révisée en août 2001, a ainsi défini une liste de dix-huit maladies cancéreuses. En Nouvelle-Zélande, le gouvernement a mis en route, en septembre 2001, une étude sur un groupe de cent vétérans utilisant la méthode des tests radiobiologiques, permettant d'affirmer l'exposition aux radiations. Un système de prise en charge des vétérans et de leurs descendants a également été mis en place. Le gouvernement australien a publier en août 2001, la liste nominative des personnes affectées aux essais britanniques sur son territoire (environ 16 500). Il a également accordé un budget de 500 000 dollars pour des études épidémiologiques et radiobiologiques. Le gouvernement britannique a décidé de réviser ses propres études épidémiologiques.

La France n'a toujours rien reconnu !!!

Vérité et justice : une loi pour les victimes des essais nucléaires

Bien que la France ait arrêté ses expériences nucléaires le 27 janvier 1996 et démantelé le Centre d'expérimentation nucléaire du Pacifique, les conséquences sanitaires subies par les personnels et par les populations proches des anciens sites d'essais continuent toujours à se développer. Dans les pays ayant un système démocratique semblable au nôtre et affectés par les conséquences de leurs essais nucléaires, des actions et des législations spécifiques ont été mises en place :

- les États-Unis ont adopté depuis plusieurs dizaines d'années un ensemble législatif (régulièrement mis à jour) accordant des réparations aux vétérans et aux populations voisines des sites des Marshall et du Nevada ;
- le Royaume-Uni dispose également d'une législation spécifique pour ses vétérans ;
- l'Australie a commandité officiellement une étude de santé sur les Australiens qui avaient participé aux essais britanniques et un système de réparation a été négocié avec Londres pour indemniser les populations aborigènes ;
- la Nouvelle-Zélande finance une étude sur l'ADN de ses vétérans des essais permettant de déterminer d'éventuelles lésions du système génétique. Elle a également mis en place un suivi sanitaire spécifique gratuit pour les enfants de vétérans.

Nous considérons que toute expérience nucléaire produit les mêmes effets sur l'être humain et son environnement biologique, qu'elle soit américaine, soviétique, anglaise, chinoise ou... française !

Nous pensons que la France s'honorerait en assumant ses responsabilités vis-à-vis de tous ceux qu'elle a exposés à ses expériences nucléaires.


Voir le tir nucléaire Français "CANOPUS" en Polynésie le 24.08.1968 atoll de Fangataufa Puissance plus de 1000 kilo-tonnes
(admirez le manque de protection des personnels !!!)

Plein les yeux ! Voir une vidéo de compilation d'essais nucléaires internationaux

(Attention : Haut débit requis)

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Après avoir effectué 17 expériences nucléaires au Sahara entre le 13 février 1960 et 16 février 1966, la France a effectué en tout 193 essais nucléaires en Polynésie entre 1966 et 1996. On compte, parmi ces 193 essais, 41 essais atmosphériques qui, entre 1966 et 1974, ont été réalisés malgré le traité d'interdiction des expériences dans l'atmosphère, signé en 1963 par les Etats-Unis, l'URSS et le Royaume-Uni. Parmi les 152 essais souterrains réalisés dans le sous-sol des atolls de Moruroa et Fangataufa, on compte 12 tirs dits " de sécurité " pour lesquels la réaction en chaîne ne s'est pas produite et destinés à vérifier la fiabilité des têtes nucléaires.

Le premier essai nucléaire français en Polynésie a été réalisé le 2 juillet 1966 au-dessus de l'atoll de Moruroa. Le dernier essai a été réalisé le 27 janvier 1996 dans les profondeurs de l'atoll de Fangataufa.

La France a décidé en 1996 de fermer ses sites d'essais nucléaires en Polynésie et la dissolution de la Direction des Centres d'Expérimentation nucléaire (DIRCEN) a été effective à la fin juillet 1998.

La France a signé le traité d'interdiction totale des essais nucléaires le 26 septembre 1996.

Les deux " atolls nucléaires "

Les atolls de Moruroa et de Fangataufa ont été cédés gratuitement en toute propriété à l'État français par le Territoire de Polynésie par délibération n° 64-27 du 6 février 1964, rendue exécutoire par arrêté n° 290/AA/DOM du 8 février 1964. Ces deux textes ont été publiés au Journal Officiel de la Polynésie Française du 29 février 1964.

La délibération n° 64-27 écrit notamment : " Au cas de cessation des activités du centre d'expérimentation du Pacifique, les atolls de Moruroa et de Fangataufa feront d'office retour gratuit au domaine du territoire dans l'état où ils se trouveront à cette époque, sans dédommagement ni réparation d'aucune sorte de la part de l'État.

Les bâtiments qui s'y trouveront édifiés à cette même époque, ainsi que le matériel laissé sur place, deviendront la propriété du territoire, sans indemnité "

En fait, après la fin des essais en 1996, la France a décidé de garder la propriété des atolls de Moruroa et Fangataufa où ont été installés des systèmes de surveillance radiologiques et géologiques. En 2001, les deux atolls sont sous statut de terrain militaire français et sont interdits aux civils. Une petite unité militaire française (une trentaine de soldats) est installée à Moruroa et est chargée de l'entretien des appareils de mesure et de communication et d'empêcher les intrusions éventuelles.

Les essais nucléaires français et leurs conséquences sur la santé et l'environnement

La période des essais atmosphériques (1966-1974) a été particulièrement nocive en raison des retombées radioactives qui ont été mesurées par des laboratoires néo-zélandais et australiens aux limites de la Polynésie française. La France a toujours affirmé publiquement la parfaite innocuité de ses expériences atmosphériques. Néanmoins, pour les besoins de l'expertise commandée par le gouvernement français à l'Agence Internationale de l'Energie Atomique, le ministère de la défense français a reconnu que plusieurs expériences avaient dépassé les doses admises.

Date de l'essai Lieu de l'exposition Dose reçue en mSv

2 juillet 1966 Iles Gambier 5,5

2 juillet 1967 Atoll de Tureia 0,9

12 juin 1971 Atoll de Tureia 1,3

8 août 1971 Iles Gambier 1,2

17 juillet 1974 Tahiti (Mahina) 0,8

Note : la dose annuelle admise est de 1 mSv. Il y a eu en tout 6 essais en 1966, 3 essais en 1967, 5 essais en 1971, 9 essais en 1974.

Les essais souterrains réalisés dans les sous-sols et sous les lagons des atolls de Moruroa et Fangataufa n'ont pas été réalisés dans des conditions parfaites de sécurité tant pour les personnels que pour l'environnement. Plusieurs accidents ont été signalés dont l'un des plus graves est celui du 5 juillet 1979 lors de l'explosion de la cuve Meknes sur l'atoll de Moruroa. De plus, le rapport de l'AIEA signale que les expériences de sécurité ont entraîné une contamination en surface dans la zone nord de l'atoll de Moruroa et qu'au moins 4 essais souterrains effectués à une faible profondeur ont provoqué des fuites de gaz radioactifs. Des fuites de gaz radioactifs (tritium notamment) ont été mesurées par l'AIEA en 1996.

Au milieu des années 1980, un registre du cancer a été mis en place en Polynésie, mais ses données ne sont considérées comme fiables qu'à partir de 1988. Le registre montre que la Polynésie présente un des plus forts taux d'incidence du cancer de la thyroïde chez les femmes.

En 1996 et 1998, le gouvernement français a fait réaliser des études sur l'incidence et la mortalité par cancer en Polynésie par l'Institut nationale de la santé et de la recherche médicale (INSERM) dont les résultats ont été utilisés pour affirmer l'innocuité des essais nucléaires de la France.

Liste des essais aériens. Date, Nom de code, Localisation, Mode de tir, Objectif, Puissance (en kilo-tonnes de TNT) :

2 juillet 1966 Aldébaran Mururoa barge AN52 < 200
19 juillet 1966 Tamouré Fangataufa Mirage IV AN11 < 200
21 juillet 1966 Ganymède Mururoa tour sécurité nulle
11 septembre 1966 Bételgeuse Mururoa ballon 600 m MR31 < 200
24 septembre 1966 Rigel Fangataufa barge fission dopée < 200
4 octobre 1966 Sirius Mururoa barge fission dopée < 1000
5 juin 1967 Altaïr Mururoa ballon militaire < 5
27 juin 1967 Antarès Mururoa ballon fission dopée < 200
2 juillet 1967 Arcturus Mururoa barge fission dopée < 200
7 juillet 1968 Capella Mururoa ballon militaire < 200
15 juillet 1968 Castor Mururoa ballon MR 41 f. < 1000
3 août 1968 Pollux Moruroa ballon MR 41 < 200
24 août 1968 Canopus Fangataufa ballon militaire > 1000
8 septembre 1968 Procyon Mururoa ballon militaire > 1000
15 mai 1970 Andromède Mururoa ballon militaire < 20
22 mai 1970 Cassiopée Mururoa ballon TN 60 < 1000
30 mai 1970 Dragon Fangataufa ballon militaire < 1000
24 juin 1970 Eridan Mururoa ballon militaire < 20
3 juillet 1970 Licorne Mururoa ballon TN60 < 1000
27 juillet 1970 Pégaze Mururoa ballon militaire < 20
2 août 1970 Orion Fangataufa ballon militaire < 200
6 août 1970 Toucan Mururoa ballon militaire < 1000
5 juin 1971 Dione Mururoa ballon AN 51 < 20
12 juin 1971 Encelade Mururoa ballon MR 41 f. dopée < 1000
4 juillet 1971 Japet Mururoa ballon TN 60 < 20
8 août 1971 Phoebe Mururoa ballon TN 60 < 20
14 août 1971 Rhéa Mururoa ballon TN 60 < 1000
25 juin 1972 Umbriel Mururoa ballon TN 60 < 20 kt
30 juin 1972 Titania Mururoa ballon TN 60 < 20
29 juillet 1972 Oberon Mururoa ballon TN 60 < 20
31 juillet 1972 Ariel Mururoa tour sécurité TN 60 ? nulle
21 juillet 1973 Euterpe Mururoa ballon TN 60 < 20
28 juillet 1973 Melpomene Mururoa ballon TN 60 ? < 20
18 août 1973 Pallas Mururoa ballon TN 60 ? < 20
24 août 1973 Parthenope Mururoa ballon TN 60 ? < 20
28 août 1973 Tamara Mururoa Mirage III AN 52 < 20
13 septembre 1973 Vesta Mururoa tour sécurité ,nulle
16 juin 1974 Capricorne Mururoa ballon TN 70 ? < 20
1er juillet 1974 Bélier Mururoa tour sécurité nulle
7 juillet 1974 Gémeaux Mururoa ballon TN 70 ? < 1000
17 juillet 1974 Centaure Mururoa ballon TN 80 ? < 20 kt
25 juillet 1974 Maquis Mururoa Jaguar A AN 52 < 20
28 juillet 1974 Persée Mururoa tour sécurité nulle
15 août 1974 Scorpion Mururoa ballon militaire < 200
24 août 1974 Taureau Mururoa ballon militaire < 20
14 septembre1974 Verseau Mururoa ballon TN 60 ? < 1000

De 1975 à 1996, la France a réalisé 146 essais souterrains en Polynésie. Ils ont été réalisés dans les sous-sols et sous les lagons des atolls de Mururoa et Fangataufa.


Forum des Cobayes de la République



# Posté le mardi 24 janvier 2006 10:27
Modifié le vendredi 06 juillet 2007 06:37

La réglementation française ne respecte pas les recommandations de la CIPR

Evolution des normes de radioprotection de la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique)

Pour les travailleurs :

De 1934 à 1950 : 46 rem/an,
1950 : 15 rem/an,
1956 : 5 rem/an,
1990 : 2 rem/an (20 mSv/an).

Pour la population :

1959 : 0,5 rem/an (5 mSv/an),
1985 : 0,1 rem/an (1 mSv/an).

Nota : En France la réglementation fixe les limites annuelles à 50 mSv (5 rem) pour les travailleurs et à 5 mSv (0,5 rem) pour la population. La réglementation française ne respecte pas les recommandations de la CIPR (2 rem/an soit 20 mSv/an depuis 1990). La réglementation Française est encore restée aux valeurs de......1956 !!!

Effets cancérogènes à long terme

Si 1 million de personnes reçoivent 1 rem (10 millisievert), quel sera le nombre de cancers mortels radio-induits ? La réponse dépend de l'institution qui effectue l'estimation.

CIPR-26 (1977) : 125 cancers mortels

UNSCEAR (1977) : 75 à 175 cancers mortels

BEIR III (1980) : 158 à 501 cancers mortels

MSK (1980) : 6 000 cancers mortels

RERF (1987) : 1740 cancers mortels

BEIR V (1990) : 800 cancers mortels

CIPR-60 (1990) : 500 cancers mortels

NRPB (1992) : 1000 cancers mortels


CIPR : Commission Internationale de Protection Radiologique.

UNSCEAR : Comité scientifique des Nations Unies pour les effets des rayonnements atomiques.

BEIR : Comité de l'Académie des Sciences des Etats-Unis pour l'étude des effets biologiques du rayonnement ionisant.

RERF : Fondation arnéricano-japonaise pour l'étude du suivi des survivants japonais des bombes atomiques. (La valeur indiquée correspond aux résultats bruts, avant l'utilisation des coefficients de réduction).

MSK : Mancuso, Stewart et Kneale. Equipe de chercheurs ayant étudié la mortalité par cancers parmi les travailleurs de l'usine nucléaire américaine de Hanford. (la valeur indiquée est déduite de leur dose de doublement)

NRPB : National Radiological Protection Board (Agence Nationale de Protection Radiologique du Royaume-Uni). D'après le suivi de mortalité effectué sur les travailleurs de l'industrie nucléaire du Royaume-Uni.)


En fait Dès que les radiographies ont commencé à être utilisées en grand nombre (pendant la 1ère guerre mondiale), il a commencé à y avoir beaucoup de décès parmi les médecins radiologues (et quelques uns parmi certains cobayes radiographiés). C'est pour protéger les médecins que la réglementation a été mise en place. La norme a beaucoup évolué (actuellement 200 fois moins pour les travailleurs du nucléaire qu'il y a 50 ans), et elle ne correspond pas à un seuil en dessous duquel il n'y aurait pas de mort mais à un seuil acceptable au niveau d'un calcul coût/bénéfice, le rayonnement entraîne des morts mais aussi des bénéfices car on sauve un certain nombre de patients en localisant les balles ou éclats d'obus (pendant la guerre) ou les fractures...
# Posté le mardi 24 janvier 2006 16:19
Modifié le mardi 24 janvier 2006 17:08

Tahiti et la nécessité des enquêtes épidémiologiques

Tahiti et la nécessité des enquêtes épidémiologiques

DISPARITION DE VINCENT COUTROT Ingénieur au CEA

Un décès "politiquement non correct"

Frappant était le silence, des quotidiens de Tahiti (excepté Les Nouvelles), de RFO, monopole d'État de l'info télévisée et des leaders politiques lors de la regrettée disparition de M. Coutrot. Cet homme exceptionnel était non seulement l'un des grands pionniers du CEA dans le pacifique, fondateur d'une famille tahitienne, mais aussi celui qui introduisit l'énergie solaire en Polynésie française. Silence d'autant plus frappant lorsqu'on compare à la large médiatisation d'un autre décès une semaine auparavant, celui d'un bien peu connu ancien directeur de cabinet d'Alexandre Léontieff, lequel n'avait aucun lien familial local. Pourtant là, de longs reportages télévisés, éditos, éloges et pages entières de photos traitaient de son inhumation. Pourquoi un tel déséquilibre ?

Certainement parce que Vincent Coutrot a succombé à une leucémie (cancer du sang), une maladie ô combien "politiquement non correcte" à Tahiti car trop souvent associée aux radiations atomiques. En plus, il osa nous quitter le jour même où l'OMS publiait des statistiques qui indiquent que le taux de cancers de la thyroïde chez les Tahitiennes est un des plus élevés au monde, après la Nouvelle-Calédonie. Il est évident que le décès de M. Coutrot devait "gêner".

Surtout que l'on pourrait émettre des hypothèses fondées sur l'origine de sa terrible maladie. En réponse à nos questions, il nous adressa un courrier que nous avions publié en septembre 1995 (TPM n° 53) et où il expliquait sa maladie, un message ambigu selon lequel on pouvait, ou ne pouvait pas, lier sa maladie avec ses activités professionnelles passées.

En revanche, une relation plus certaine pouvait être supposée suite à des conversations privées avec cet homme réputé pour sa droiture, lequel par la suite nous fit parvenir une documentation scientifique remettant en cause la validité des doses de radiations maximales "acceptées".

Il faut rappeler ici que plusieurs autres grands personnages ayant assisté à des essais aériens ont succombé à cette rare maladie qu'est la leucémie. Parmi ceux-ci le ministre gaulliste Gaston Palewski, persuadé que sa maladie résultait de l'accident où il fut enveloppé par un nuage radioactif dans le Hoggar ainsi que, selon des sources non vérifiées, Jean Sicurani, gouverneur de Tahiti de 1965 à 1969.

Alex W. du Prel (Tahiti-Pacifique, août 1996, n° 64)

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Mururoa et l'emploi

La France aurait employé des adolescents et des enfants sur les sites du Pacifique, selon une étude de 2 sociologues néerlandais, étude menée à la demande du Conseil Oecuménique des Églises. Le rapport de plus de 200 pages publié sous le titre "Mururoa et nous", affirme que 10 % des travailleurs avaient moins de 18 ans, 6 % moins de 16 ans et 0,3 % moins de 10 ans.... Une des préoccupations majeures des anciens travailleurs concerne leur santé et celle de leurs enfants maintenant que les essais sont terminés. Aucune recherche épidémiologique à long terme n'a été effectué par la France, et seuls 48,5 % des travailleurs ont été examinés à la fin de leur séjour sur les sites, poursuit le livre.

La Direction des centres d'expérimentations nucléaires (DIRCEN) a démenti " avoir jamais employé d'adolescents, et encore moins d'enfants, sur ses sites " de Mururoa et Fangataufa. La DIRCEN ajoute que Polynésien ou métropolitain, qu'il soit militaire ou employé par le CEA, son personnel a toujours été suivi médicalement "dans les meilleures conditions et conformément à la législation française qui est une des plus rigoureuse au niveau mondial".

La Gazette Nucléaire n°161/162 novembre 1997

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Exposition des populations à l'époque des essais

Des comparaisons effectuées avec les rares données militaires officielles sur les retombées de 1966 à 1974 font apparaître une irradiation importante liée au passage de masses d'air contaminées suite à certains essais atmosphériques. Le 2 juillet 1966, le niveau de radiation aux Gambier (580 µSv/h) était plus de 10 000 fois supérieur au niveau naturel (et plus de 1800 fois supérieur, le 12 juin 1971, à Tureia).

Le dépôt au sol des radionucléides contenus dans l'air a entraîné, à l'époque des essais, une contamination très importante des eaux, des sols et des denrées alimentaires. Par exemple, le 26 septembre 1966, suite au tir nucléaire Rigel, l'activité des eaux de pluie aux Gambier et à Tureia, a atteint des valeurs très élevées (respectivement 111 et 25,9 millions de Becquerels par litre), soit des valeurs respectivement plus de 850 millions de fois et plus de 199 millions de fois supérieures au niveau de radioactivité naturelle des précipitations. L'activité des eaux de pluie aux Gambier, le 26 septembre 1966, a ainsi été 69 000 fois supérieure aux valeurs maximales publiées par les militaires pour les eaux de captage des Gambier (essai du 2 juillet 1966). L'activité des eaux de pluie à Tureia, le 26 septembre 1966, a été 600 fois supérieure aux valeurs maximales publiées par la DIRCEN (Direction des Centres d'Expérimentations Nucléaires) pour les eaux de citerne de Tureia (essai du 12 juin 1971).

Les évaluations de doses conduites par la CRIIRAD, à partir des rares documents classés rendus publics par la revue Damoclès, montrent que certaines retombées ont pu conduire à une irradiation externe et interne des populations conduisant à des risques sanitaires inacceptables, c'est-à-dire à des doses de radiation de plusieurs centaines de milliSieverts par an, très supérieures aux normes sanitaires en vigueur à l'époque. L'ingestion de seulement 2 litres d'eau de pluie après certaines retombées pouvait conduire à des doses de plusieurs dizaines voire centaines de milliSieverts. Or la population n'était pas informée des risques liés à la consommation de cette eau.

Ces évaluations montrent que les bilans officiels publiés par la DIRCEN en 1998 (quelques milliSieverts par an au maximum) sous-estiment fortement l'impact radiologique des retombées sur la population. Il convient de souligner que les évaluations de doses conduites par la DIRCEN ne prennent pas en compte toutes les retombées, ne tiennent pas compte de la radiosensibilité plus élevée des enfants, négligent certains radionucléides comme le tritium, le carbone 14, ou les isotopes du plutonium, - pourtant présents dans les retombées comme le montrent certains des résultats de la campagne de mesure CRIIRAD (boue de citerne à Tureia et tranche du tronc d'un cocotier à Rikitea). Ces évaluations officielles ne tiennent pas compte par ailleurs des modes de vie réels des populations (ingestion directe des eaux de pluie par exemple aux Gambier).

La plus grande part de cette irradiation externe et de cette contamination interne a été induite par des radionucléides de relativement courte période. Trente à quarante ans après les retombées, ces radionucléides à courte période ont totalement disparu. Une partie des effets sanitaires induits sur les populations exposées à l'époque, ou sur leurs descendants, a déjà pu se manifester. Compte tenu des temps de latence de plusieurs décennies pour certaines pathologies, d'autres effets sont à venir.

L'évolution des connaissances sur les effets sanitaires des faibles doses de radiation, en particulier lors de contaminations internes (inhalation et ingestion), montre que les cancers ne sont pas les seules pathologies à craindre, il faut y ajouter des conséquences négatives sur le système immunitaire, le système cardio-vasculaire, le système nerveux ou le système digestif, etc. L'évaluation de l'impact des essais atmosphériques de 1966 à 1974 sur la santé des populations et des travailleurs exposés nécessitera :

1 / la communication des rapports militaires, notamment des services de contrôle radiologique (SMSR et SMCB), de la période des essais atmosphériques. Ceci afin d'effectuer des évaluations dosimétriques les plus précises possibles. L'interprétation de ces données nécessitera la mise en place d'un groupe de travail incluant des experts militaires et du CEA et des chercheurs indépendants,

2 / la poursuite des études épidémiologiques portant sur les pathologies cancéreuses, mais aussi sur l'ensemble des pathologies non cancéreuses susceptibles d'apparaître chez les personnes exposées et leur descendance,

3 / le lancement d'études biologiques spécifiques sur les personnes exposées (enregistrement des anomalies chromosomiques, dosimétrie biologique, etc..).

Il serait utile, à ce sujet, que soit mis en oeuvre un comité de pilotage regroupant des spécialistes de l'ensemble des disciplines concernées ainsi que des représentants des populations, anciens travailleurs et élus.

Nota : En France la réglementation fixe les limites annuelles à 50 mSv (5 rem) pour les travailleurs et à 5 mSv (0,5 rem) pour la population. La réglementation française ne respecte pas les recommandations de la CIPR (2 rem/an soit 20 mSv/an depuis 1990 = Rappel : Le dernier essai a eu lieu en Polynésie en janvier 1996 !). La réglementation Française est encore restée aux valeurs de......1956 !!!

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Médecins du Monde
Moruroa E Tatou
Observatoire des armes nucléaires françaises

Papeete - Paris. 2 juillet 2003, jour anniversaire de la première bombe française à Moruroa

COMMUNIQUE

Médecins du Monde décide une mission humanitaire pour faire reconnaître les droits des anciens travailleurs des sites nucléaires de Polynésie française.

« Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont reconnu les risques de leurs essais nucléaires, on est étonné de l'entêtement et de l'arrogance des autorités françaises qui restent figées dans la certitude de la propreté des essais nucléaires français. D'autre part, on est frappé de la méconnaissance du dossier par les autorités politiques de Polynésie qui n'ont mis en place aucune action d'assistance et de soutien aux problèmes rencontrés par les travailleurs polynésiens des sites nucléaires de Moruroa et Fangataufa. » Tel est le constat sévère du Dr Michel Brugière, directeur général de Médecins du Monde, au terme d'une première mission exploratoire effectuée en Polynésie française du 16 au 24 juin 2003 à l'invitation de l'association Moruroa e tatou qui rassemble aujourd'hui 1500 anciens travailleurs polynésiens des anciens sites nucléaires. Au cours de son séjour à Tahiti, le Dr Brugière a pu également rencontrer et examiner douze anciens travailleurs dont 10 de la période des essais atmosphériques effectués entre 1966 et 1974. « Si nous étions aux Etats-Unis, trois d'entre eux – et probablement un quatrième après examen complémentaire – auraient leur pathologie reconnue comme ayant un lien avec leur service sur les sites nucléaires. Mais la législation française est inexistante sur ce point. Les gens sont soignés, il est vrai. Cependant les autorités médicales chargées d'attribuer les pensions au titre des maladies professionnelles, se rangent régulièrement derrière le point de vue du Service de Santé des Armées pour refuser ces pensions parce que les autorités militaires affirment que les travailleurs n'étaient pas affectés à des tâches à risques radiologiques » précise le Dr Brugière. Face à ce traitement injuste qui se surajoute à une politique de déni, Michel Brugière a annoncé que :

Médecins du Monde partage et soutien le combat de Moruroa e tatou pour que la France reconnaisse que ses essais nucléaires - en particulier ceux qui ont été effectués en atmosphère – ont eu des répercussions sur l'environnement et la santé des populations des atolls et îles proches de Moruroa et des travailleurs des sites,
Médecins du Monde va installer une mission médicale permanente à Papeete pour évaluer l'état de santé de chaque ancien travailleur et soutenir leurs démarches médicales, sociales et juridiques dans le but d'améliorer leur situation individuelle et pour que soit reconnue l'imputabilité au service,
Médecins du Monde, va soutenir Moruroa e tatou dans sa recherche de la vérité pour que soient réalisés rapidement des tests radiobiologiques auprès d'un échantillon d'anciens travailleurs.

Médecins du Monde : medmonde@medecinsdumonde.org
Moruroa e tatou : moruroaetatou@mail.pf
Observatoire des armes nucléaires françaises : brunobarrillot@obsarm.org

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les Polynésiens : cobayes de la France nucléaire ?

Essais nucléaires atmosphériques : les Polynésiens : cobayes de la France nucléaire ?

Damocles 116-117, été 2005

Il y a 10 ans, le 5 septembre 1995, le premier essai souterrain décidé par Jacques Chirac a provoqué une explosion sociale à Tahiti. « Malgré la fin des essais, la page n'est pas tournée. En effet, les 46 expériences nucléaires dans l'atmosphère effectuées au-dessus de Moruroa et Fangataufa entre 1966 et 1974 constituent aujourd'hui autant de bombes à retardement sanitaires pour la population de Polynésie française », déclare Bruno Barrillot, directeur du CDRPC. Un constat confirmé par l'enquête « Le Cancer du tropique » diffusée ce vendredi 9 septembre par Thalassa sur France 3.

En avril dernier, Damoclès , la revue du CDRPC (Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits) avait dévoilé des documents classés secrets-défense mentionnant des retombées radioactives considérables notamment sur l'île de Mangareva, proche de Moruroa. Aujourd'hui Damoclès poursuit son travail d'information sur les conséquences des essais en publiant le rapport de Bruno Barrillot — « Contribution à la recherche des causes du cancer de la thyroïde en Polynésie » — réalisé dans le cadre de la mission d'expert que le gouvernement de Polynésie française lui a confié le 1 er juillet 2005.

En 2005, le cancer de la thyroïde et les affections thyroïdiennes atteignent quatre fois plus les femmes polynésiennes que les femmes européennes . Sur le Vieux Continent, on incrimine Tchernobyl. En Polynésie, on accuse les essais nucléaires non sans raison. En effet, l'accident de Tchernobyl et les explosions nucléaires éjectaient de l'iode radioactif qui – tous les scientifiques le reconnaissent – a tendance a se fixer sur la glande thyroïde.

Cela, les autorités qui avaient la responsabilité des essais ne l'ignoraient pas, comme le décrit le rapport publié dans Damoclès . Chaque année, de 1966 à 1974, le gouvernement français publiait un document ( Retombées radioactives à la suite des tirs nucléaires en Polynésie ), envoyé à l'ONU, dans lequel les retombées d'iode radioactif sur l'ensemble de la Polynésie étaient décrites et analysées au regard des risques pour les thyroïdes des nourrissons, des enfants et des adultes polynésiens. Bref, on observait sans prendre aucune des mesures de prévention qui, avant 1960, étaient déjà bien connues.

À l'époque, on affirmait bien sûr que c'était sans danger. Aujourd'hui, le ministère français de la Défense persiste et signe. Aux États-Unis, par contre, l'Institut national du cancer reconnaît en avril 2005 , que plus de 500 cancers « en excès » sont dus aux retombées des essais nucléaires américains sur les Îles Marshall entre 1945 et 1963.

« Contrairement aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à la Russie, seule la France aurait fait des “essais propres” ? » s'étonne Bruno Barrillot.

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12/06/2006
Conséquences des essais en Polynésie française: Le COSCEN demande plus de transparence au Délégué à la sûreté nucléaire de défense

(Tahitipresse) - Le Conseil d'orientation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires (COSCEN) a présenté, lundi, une analyse des documents de la mission du DSND (Délégué à la sûreté nucléaire de défense), Marcel Jurien de la Gravière, en mai 2006. Le Conseil souhaiterait plus de transparence de la part du DSND au sujet, notamment, des archives des essais aériens, de la liste des anciens travailleurs de Mururoa, etc.

Le Conseil a indiqué que lors de sa visite en Polynésie française, en mai dernier, Marcel Jurien de la Gravière lui a communiqué une série de documents concernant les essais nucléaires à Mururoa et Fangataufa. "Ces brochures ont été présentées par le Délégué comme une contribution à l'histoire des essais nucléaires aériens en Polynésie française et comme une marque de la transparence annoncée par le Ministère de la Défense", a précisé le Conseil dans son rapport d'analyse des documents en question.
Selon le Conseil, Marcel Jurien de la Gravière a apporté des éléments nouveaux sur le déroulement des essais nucléaires en Polynésie française "qui n'ont encore jamais été rendus publics": la désignation des lieux et dates des retombées radioactives mesurées lors des 41 essais nucléaires aériens effectués de 1966 à 1974, la désignation des sites d'immersion de déchets radioactifs au large des îles de Mururoa et de Hao (archipel des Tuamotu), comportant la nature des déchets, leurs niveaux de radioactivité et les poids estimés et une nouvelle présentation des calculs d'impacts dosimétriques de trois essais, respectivement sur Mangareva (archipel des Gambier), Tureia (archipel des Tuamotu) et Tahiti (archipel de la Société, îles du vent).

"L'ensemble de la Polynésie a été atteinte"

"Malgré ces informations nouvelles, le discours sur les 'essais propres' reste inchangé", a souligné l'expert du Conseil d'orientation, Bruno Barillot.
Le rapport du DSND suscite certaines inquiétudes, principalement par rapport aux retombées des essais nucléaires entre 1966 et 1974: 33 retombées ont été enregistrées à Tureia, 23 sur Tahiti, 22 sur Reao et 21 sur Mangareva. "Si ces retombées viennent jusqu'à Tahiti, cela veut dire que l'ensemble de la Polynésie a été atteint", s'est inquiété Bruno Barillo.
Le Conseil se pose également d'autres questions, par exemple au sujet des 532 tonnes de déchets radioactifs qui ont été immergés à Hao. "Qu'a-t-on fait des déchets radioactifs liquides produits à Hao?", se questionne le COSCEN.

Le COSCEN compte envoyer ses recommandations à Marcel Jurien de la Gravière

Dans son analyse, le COSCEN émet plusieurs recommandations au DSND en vue d'une plus grande transparence.
Il souhaite que les archives des essais nucléaires lui soient disponibles et demande la "déclassification" de tous les documents de l'époque des essais aériens. Le Conseil souhaite également que la liste des anciens travailleurs de Mururoa, l'inventaire de la destination des déchets radioactifs produits à Mururoa, Fangataufa et Hao (archipel des Tuamotu) depuis 1982, ainsi que des informations sur les dispositions prises par l'Etat concernant la protection des personnels sur les sites des essais.
Le COSCEN devrait faire parvenir ce rapport d'analyse à Marcel Jurien de la Gravière avant sa prochaine mission en Polynésie française, en septembre ou octobre prochain. "On va lui faire parvenir nos analyses (...), on ne peut pas clore ce dossier comme ça", a déclaré Unutea Hirshon, membre du COSCEN.
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# Posté le mardi 24 janvier 2006 16:29
Modifié le mardi 13 juin 2006 06:47

L'opportunité de la création d'une commission d'enquête...

L'opportunité de la création d'une commission d'enquête

Assemblée Nationale
Rapport
Fait le 24 janvier 1996

Au nom de la commission de la défense nationale et des forces armées sur la proposition de résolution (n° 2316) de M. Jean-Pierre Brard tendant à la création d'une commission d'enquête sur les éventuels risques pour l'environnement des essais nucléaires en Polynésie française.

par M. Michel GRANDPIERRE (Député)

Commentaire Gazette

Ce rapport a été refusé. Il n'y a donc pas eu création de Commission d'enquête. Le problème est pourtant toujours présent. De même qu'à la Hague il vient (juin 1997) d'être décidé de reprendre et d'améliorer les enquêtes épidémiologiques, il faut à Mururoa et alentour (Fangataufa, etc...) accepter de repartir sur les enquêtes pour faire le point. Des études avaient été sommairement menées dans les années 80 par une mission Tazief, puis Atkinson. D'autres ont suivi, Médecins sans frontières, les médecins contre la guerre nucléaire. Il a toujours été conclu au manque de données fiables et à la nécessité de coordonner une enquête longue et minutieuse. Le Parlement a refusé de créer une commission en 1996. Souhaitons-le plus réceptif en 1997.

Les essais ont certes été stoppés mais il n'en reste pas moins qu'il y a eu des essais aériens dans les années 70 et qu'il convient de faire les enquêtes pour répondre aux interrogations des populations. Comme il vient d'être publiés de nouveaux résultats sur Hiroshima et Nagasaki montrant que 50 ans après (et pour des bombes où juste 1 kg de matières a fissionné) on met en évidence l'impact des faibles doses de rayonnement. En effet le nombre de cancer montre une augmentation pour des doses de l'ordre de 50 milliSv.

Que nos nouveaux députés repartent en campagne, il faut certes s'intéresser à la France et à ses sites mais on ne peut pas ignorer ce que nous avons légué à des populations à qui nous n'avons pas dit la vérité et que nous laissons tomber sans vergogne.

I. - La recevabilité de la proposition de résolution

Les conditions de recevabilité des propositions de résolution tendant à la création d'une commission d'enquête sont fixées par l'article 6 de l'ordonnance n° 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires et par les articles 140 et 141 du Règlement de l'Assemblée nationale.

L'article 6 de l'ordonnance précitée exige que deux conditions soient réunies pour permettre la création d'une commission d'enquête :

- la proposition de résolution doit déterminer avec précision les faits donnant lieu à enquête;

- les faits ne doivent pas faire l'objet de poursuites judiciaires; dès qu'une information judiciaire s'ouvre sur ces mêmes faits, la mission de la commission d'enquête doit prendre fin.

La présente proposition de résolution satisfait à ces deux conditions.

En application des dispositions de l'article 141 du règlement, le Président de l'Assemblée nationale a notifié le dépôt de la proposition de résolution de M. Jean-Pierre Brard au Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, afin que celui-ci indique si des poursuites judiciaires étaient en cours sur les faits ayant motivé le dépôt. Le Garde des Sceaux n'a pas signalé de procédure judiciaire en cours sur de tels faits.

II. - L'opportunité de la création d'une commission d'enquête.

La proposition de résolution de M. Jean-Pierre Brard me paraît répondre à un réel besoin. En effet, depuis trente ans, aucune expertise, aucun document ou étude épidémiologique n'ont pu être rendus publics en France sur les répercussions des essais nucléaires effectués à Mururoa à l'égard des êtres humains et de l'environnement, en dépit des quatre missions scientifiques envoyées sur le site.

Une polémique s'est récemment développée suite à des informations faisant état, du fait de fissures importantes dans l'atoll de Mururoa, des risques d'une catastrophe écologique due aux essais nucléaires, passés ou présents, menés par notre pays. Selon une grande partie de la communauté scientifique internationale, le danger existerait bel et bien, ce que dément le ministère de la Défense.

Compte tenu des divergences de vues entre spécialistes et de la très grande émotion soulevée dans le monde par ces questions, la plus grande transparence devrait être recherchée; si les tirs ne représentent véritablement aucun danger comme l'affirme le ministère de la Défense, pourquoi les experts de l'Union européenne se sont-ils vus interdire l'accès au site de Fangataufa, alors qu'il serait au contraire essentiel que des commissions d'enquête indépendantes puissent se rendre sur les lieux ?

Le Parlement ne peut se satisfaire d'une telle situation, préjudiciable aux intérêts de la France. Dans le cadre de ses attributions concernant le contrôle de la sécurité nucléaire et la protection de l'environnement, il est proposé à l'Assemblée nationale de créer une commission d'enquête qui s'attacherait à faire la clarté sur ce sujet. La mise en place de cette commission démontrerait d'ailleurs utilement que la France n'ignore ni ne méprise le point de vue des autres pays et de l'opinion internationale dans une affaire aussi sérieuse.

A. - Les essais nucléaires à Mururoa : vingt-cinq ans d'expériences françaises

1. - Les essais nucléaires à Mururoa de 1968 à 1992

Cette période est marquée par deux phases successives :

a) De 1968 à 1974

Après avoir réalisé des essais aériens puis souterrains en Algérie, la France a, entre 1968 et 1974, effectué à Mururoa une quarantaine d'essais aériens, ce qui lui a été reproché par les autres grandes puissances nucléaires qui avaient mis en place un moratoire sur les essais atmosphériques.

L'argument avancé par les Etats-Unis, à l'époque, s'appuyait sur les conséquences des essais atmosphériques américains sur la santé de la population des îles Marshall. Parallèlement, les mauvaises conditions géologiques nécessitaient un changement de site. Au cours de la même période, la Grande-Bretagne abandonna les îles Christmas pour s'associer avec les États-Unis afin de réaliser ses essais dans le désert du Nevada.

S'appuyant sur le fait que les conditions géologiques du site de Mururoa étaient comparables à celles qui les avaient conduits à abandonner leurs sites d'expérimentation, les États-Unis et la GrandeBretagne cherchèrent à dénoncer conjointement la persistance des essais français dans l'atmosphère.

Cette démarche sera reprise par la Commission de l'environnement, de la santé publique et de la protection des consommateurs du Parlement européen en 1988, alors qu'elle manifestait, l'intention d'envoyer en Polynésie française une commission d'experts indépendante et internationale.

Il faut par ailleurs rappeler que, jusqu'en 1966, la France avait poursuivi ses essais en secret dans le désert algérien du Hoggar, ne diffusant, à l'époque, aucune information quant à leur nombre et à leur nature. Nous savons aujourd'hui que dix-sept essais, dont treize souterrains, ont été effectués en Algérie. Pourtant, la sécurité des êtres humains n'y était pas suffisamment assurée, comme l'a d'ailleurs révélé M. Pierre Messmer, Ministre de la Défense à l'époque, dans ses mémoires ("Après tant de batailles - Mémoires" Pierre Messmer, Albin Michel).

b) De 1975 à 1992

En 1975, la France abandonne les essais atmosphériques au profit des essais souterrains à Mururoa et à Fangataufa.

Au cours de cette période, les autres puissances nucléaires reprochent à la France de ne pas respecter l'accord de 1986 établissant une zone dénucléarisée dans le Pacifique sud, ainsi que le traité signé à Rarotonga que toutes les puissances nucléaires ont été invitées à ratifier.

Ces prises de position allaient au devant des voeux du Parlement européen qui voulait envoyer une commission d'experts à Mururoa au nom de la santé publique.

Pendant cette période, on assiste à une certaine diversification des lieux d'essais dans la mesure où sur une trentaine d'essais effectués, six l'ont été à Fangataufa, au sud-est de Mururoa.

La décision de réaliser des essais à Fangataufa fut prise après que l'on eut constaté que les tirs de forte puissance entraînaient des affaissements de la couronne corallienne de Mururoa.

On peut noter que les essais nucléaires français ont représenté 9,6% du total des essais effectués depuis 1945. Ces 9,6% représentent 172 essais nucléaires qui eux mêmes ont permis la production d'environ 800 têtes nucléaires et continuent de soutenir l'actuel stock d'environ 500 têtes nucléaires déployées.

Dans un rapport du "Natural Ressources Defense council" en date du 24 février 1989, il est insisté également sur le fait que les essais nucléaires souterrains français ont fracturé l'atoll de Mururoa, contaminé le site et les eaux avoisinantes. Mais il n'est précisé nulle part la source de ces informations.

2. - Le moratoire sur les essais nucléaires du 8 avril 1992

La suspension des essais nucléaires français a été décidée pour respecter le moratoire approuvé par l'ensemble des grandes puissances nucléaires mondiales, l'objectif final étant la signature puis la ratification à l'orée de 1996, d'un traité interdisant les essais nucléaires.

L'enjeu de cette suspension était double : il s'agissait non seulement de mettre en place un système de simulation qui soit performant, mais aussi d'assurer le respect et l'extension du moratoire par toutes les puissances concernées.

En effet, un moratoire sur les essais nucléaires exige que toutes les puissances nucléaires mondiales y participent. Or, dès le 5 octobre 1993, la Chine a procédé à un essai au centre de Lop Nor, dans la région autonome de Kinjiang. D'autres ont été réalisés depuis. Quant aux États-Unis, la suspension totale des essais américains annoncée par le Président Bill Clinton le 2 juillet 1993 a été prolongée. Les Russes et les Britanniques respectent également ce moratoire.

3. - La reprise des essais nucléaires

C'est le 13 juin dernier que le Président de la République a annoncé que la France reprenait ses essais nucléaires pour une dernière série de sept à huit tirs. A ce jour, cinq essais ont été réalisés; il semble que M. Jacques Chirac ait décidé de ne plus procéder qu'à deux essais d'ici à la fin du mois de février, ce qui portera à sept le nombre d'essais de cette supposée dernière campagne.

Cette décision a provoqué, en France et à l'étranger, un mouvement de réprobation générale; elle a gravement nuit à l'image et aux intérêts économiques de notre pays dans le monde.

Presque toutes les nations ont protesté et la France a été condamnée dans nombre d'instances internationales, y compris à l'O.N.U.

Pire encore, nos propres alliés de l'Union européenne nous ont critiqué à la quasi-unanimité; ils ont, par ailleurs, traité avec mépris l'offre de "dissuasion concertée" que leur faisait le Gouvernement.

La moindre des choses eut été, de la part du Président de la République, de prendre l'avis de nos partenaires avant cette reprise des tirs. Au contraire, la procédure suivie a marqué un grand mépris aux autres nations de la part de la France.

Cette décision était une mauvaise décision, prise et annoncée à la légère, et sans que des explications réellement convaincantes n'aient été données; il faut, en particulier, craindre que, sous couvert de simulation, il ne s'agisse en réalité que de mettre au point de nouvelles armes miniaturisées dont la France n'a aucunement besoin.

B. - Les répercussions des essais nucléaires français sur les êtres humains et l'environnement en Polynésie

Les répercussions des essais nucléaires français sur les êtres humains et l'environnement ont été étudiées par le Gouvernement français, mais ces études n'ont jamais été rendues publiques.

Ainsi, quatre missions scientifiques ont été envoyées sur place: la mission Tazieff en 1982, la mission Atkinson en 1984, la mission Cousteau en 1987 et la mission A.I.E.A. (Agence Internationale à l'Énergie Atomique) en 1991. Bien que toutes ces missions aient été considérées uniquement comme exploratoires - le rapport Greenpeace de mars 1992 souligne cet aspect - elles n'ont pu apporter la preuve scientifique d'une quelconque situation alarmante. Cependant, les répercussions des essais nucléaires français sur les êtres humains et l'environnement restent un sujet controversé puisque, depuis 1988, la Commission de l'environnement, de la santé publique et de la protection des consommateurs du Parlement européen désire envoyer en Polynésie française une commission d'experts indépendante et internationale sans avoir, jusqu'à ce jour, obtenu gain de cause.

1. - Les répercussions sur les être humains

a) Les répercussions des essais nucléaires sur les êtres humains dans le Pacifique sud en général : une responsabilité partagée États-Unis / Grande-Bretagne / France

La commission internationale de protection contre les radiations ionisantes a présenté un rapport, publié par l'O.N.U., en 1980, estimant que 15 000 personnes pourraient à terme décéder dans l'hémisphère sud par suite des essais nucléaires effectués jusqu'en 1980 par les Américains, les Britanniques et les Français.

De plus, une étude a montré que les essais atmosphériques dans le Pacifique sud ont entraîné, entre 1970 et 1975, une augmentation de la radioactivité dans le milieu océanique à proximité du Pérou, du Chili et de l'Équateur.

Divers isotopes ont été isolés dans des crustacés, le lait, l'herbe, les eaux de pluies; les isotopes les plus fréquemment trouvés étant le césium 137 et le strontium 90, éléments dont la période radioactive est de vingt-huit à trente ans.

b) Les répercussions des essais nucléaires sur les êtres humains à Mururoa

En 1966, en annonçant le premier essai atmosphérique, le Centre d'Essais du Pacifique (C.E.P.) lançait un avertissement aux aéronefs et aux navires, leur demandant d'éviter une zone dangereuse de 400 kilomètres autour de Mururoa; cependant, comme sept îles peuplées se trouvaient encore dans ce périmètre, il a été ramené à 222 kilomètres, englobant l'île de Turéia. De même, le 24 juillet 1963, lors du premier essai thermonucléaire à Fangataufa, la population de Turéia a été évacuée vers Tahiti peu avant le tir expérimental.

Ces faits laissent supposer que les essais nucléaires, et notamment les essais atmosphériques, qui avaient eu lieu de 1966 à 1975, auraient pu avoir des effets particulièrement néfastes sur les êtres humains de l'atoll de Mururoa et de ses alentours.

Par ailleurs, certains témoignages figurant dans le rapport du Parlement européen sur la volonté d'envoyer en Polynésie française une commission d'experts indépendante et internationale font état de maladies qui recouvrent nombre de points communs : chute des cheveux, lésions cutanées purulentes et décollement de lambeaux de peau. Ces maladies auraient touché certaines personnes après qu'elles aient mangé du poisson pêché dans l'atoll de Mururoa.

Selon le Gouvernement français, ces maladies ne sont pas dues à l'activité nucléaire française et à la radioactivité, mais à la ciguatera, maladie provoquée par la destruction des coraux et qui atteint l'ensemble de la chaîne alimentaire. Cependant, la fréquence des cas d'intoxication par la ciguatera n'a atteint un niveau vraiment préoccupant à Mururoa qu'après le début des essais nucléaires. Il est difficile de réunir les preuves scientifiques d'une véritable corrélation entre l'expérimentation nucléaire et le développement de cette maladie, mais les témoignages des populations devraient être pris en compte avec un peu plus de sérieux et tout au moins nous alerter sur les conséquences possibles des expériences françaises. Enfin, de nombreux cas de leucémie ont été relevés, à tel point que le sénateur de la Polynésie, M. Daniel Millaud parle lui-même de "leucémie polynésienne".

Il convient enfin de mettre en cause le contrôle militaire de l'information qui a pris, depuis la loi du 17 juillet 1986, une forme légale. En effet, cette loi prévoit que les fonctions d'inspecteur du travail seront exercées pour les personnels civils et militaires de tous les sites nucléaires de Polynésie par des agents relevant exclusivement de l'autorité du ministère de la Défense.

2. - Les répercussions sur l'environnement

a) Les effets géologiques et écologiques à craindre des essais souterrains

En 1981, l'ensemble des essais nucléaires souterrains pratiqués jusqu'alors avait creusé 46 puits le long des 23 kilomètres de corail. Selon le rapport du Parlement européen, ces cavités sont de l'ordre de 50 à 150 mètres de diamètre. D'après la direction des centres d'expérimentations nucléaires, ces mêmes cavités sont de l'ordre de 20 à 110 mètres de diamètre.

Quoi qu'il en soit, on peut s'interroger sur l'impact de ces cavités sur l'écosystème. D'après un rapport Greenpeace de mars 1992 portant sur ce sujet, elles seraient la raison de l'augmentation du nombre des essais nucléaires français à Fangataufa au lieu de Mururoa.

Le rapport de la mission Cousteau de 1987 précise que " la cheminée dans laquelle les éléments radioactifs se retrouvent après l'explosion constitue un véritable boulevard vers la surface. Quant au socle corallien (dans lequel ont été effectués des essais avant qu'ils soient transférés sous le lagon), il est traversé par des flux ascensionnels capables de transporter ces éléments en surface en cinq à dix ans."

Par ailleurs, en 1987-1988, le biologiste Abraham Behar a montré que les essais nucléaires effectués depuis vingt-deux ans à Mururoa avaient sérieusement endommagé la base volcanique du site et qu'il était devenu techniquement impossible d'effectuer beaucoup d'autres tirs compte tenu de la nécessité d'opérer à de plus grandes profondeurs dans la roche détériorée.

Enfin, les professeurs Hochstein et O'Sullivan, experts en mécanique des fluides géothermiques de l'université d'Auckland, fondant leurs estimations sur un modèle informatisé utilisant les profils de température et les données hydrologiques de Mururoa, ont affirmé que des atomes radioactifs, très dangereux et à longue période radioactive, remonteront vers le lagon de Mururoa dans un délai de dix à cent ans et non de mille ans, comme l'avait indiqué la mission Atkinson de 1984.

Plus récemment, le journal "Le Monde" a porté à la connaissance du grand public l'existence de failles dans le sous-sol de Mururoa. Malgré les explications embarrassées du Gouvernement, nul n'a été convaincu de l'innocuité de ces failles. Celles-ci existent bel et bien et il semble que les militaires eux-mêmes reconnaissent leur existence.

Ces failles prouvent que les explosions nucléaires sont une réelle menace pour l'existence, à long terme, de l'atoll, mais il y a plus grave. En effet, si ces failles dans le basalte s'aggravaient, elles pourraient atteindre les cavités dans lesquelles sont confinées les matières radioactives qui pourraient ainsi s'échapper dans l'océan Pacifique. Le risque pour l'environnement serait alors très préoccupant et malgré le manque de volonté de transparence du Gouvernement, nous devons affirmer qu'il y a bien là un risque majeur pour les générations futures vis-à-vis desquelles nous sommes redevables.

b) La pollution radioactive directe

Un rapport rédigé par d'anciens ingénieurs et techniciens C.F.D.T. travaillant à Mururoa, et publié par le quotidien "Libération" le 6 novembre 1981, comporte des informations quant à l'existence d'une décharge de 30 000 M2 et de 20 kg de plutonium à proximité. En mars 1981, cette décharge aurait été aménagée au nord de l'atoll pour y déposer divers déchets radioactifs scellés dans des sacs plastique étanches et des cylindres en acier (conformément à loi). Déjà, au début des années 1970, près de 20 kg de plutonium auraient été déversés sur le récif dans cette même zone et fixés par une couche de bitume.

Le danger tiendrait en particulier aux cyclones qui ont affecté l'atoll en 1980 et 1981, la violence des vagues arrachant une grande partie de la couche de bitume et dispersant dans l'océan du plutonium et d'autres déchets. Si ces faits s'avéraient vérifiés, les conséquences nuisibles des essais nucléaires français sur l'écosystème de l'atoll seraient réelles.

Enfin, M. Bruno Barrillot, chercheur et directeur du Centre de documentation et de recherches sur la paix et les conflits, indique dans un article paru dans la revue "Altenatives non violentes" de 1992 que l'atoll de Fangataufa est si contaminé qu'il est interdit de mettre les pieds sur sa couronne corallienne. Ainsi, les puits de tirs creusés sous le lagon à partir de la plate-forme "Super-Tila" seraient effectués par des personnels qui viennent directement de Mururoa en hélicoptère sans mettre pied à terre sur l'atoll.

CONCLUSION

Au terme de cette rapide présentation, on ne peut que constater l'absolue nécessité de la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les éventuels risques pour l'environnement des essais nucléaires.

En juin 1993, l'Australie réclamait 75 millions de dollars de dommages et intérêts à la Grande-Bretagne pour nettoyer Maralinga, site nucléaire anglais vieux de trente ans, ainsi que 45 millions de dollars pour avoir privé une tribu aborigène de son territoire contaminé au plutonium. En décembre 1993, on apprenait que les États-Unis avaient procédé à des expériences sur des sujets humains dans les années 1950, concernant les effets des radiations nucléaires : adolescents handicapés mentaux, prisonniers ou malades incurables ont été leurs cobayes. Il en va de même des récentes révélations faites à propos de l'ex-U.R.S.S. Tout cela ne fait que rendre plus forte l'exigence de transparence

Or, la France s'inscrit dans une démarche contraire à celle des autres grandes puissances nucléaires puisque, malgré les engagements internationaux auxquels elle a souscrit, elle refuse obstinément de se soumettre aux exigences de la transparence.

L'attitude américaine en ce domaine peut constituer, une fois n'est pas coutume, un exemple pour la France dans la mesure où sont enfin publiées des informations tangibles quant aux répercussions des essais nucléaires sur les êtres humains ou les écosystèmes. La part nécessaire de responsabilité de chacune des puissances nucléaires doit permettre à notre pays d'aller au-delà de sa pesante tradition de secret administratif. C'est pourquoi, même dans le domaine de la défense, la France ne peut se soustraire aux efforts déjà réalisés par les administrations civiles dans le domaine de la transparence et de l'accès aux documents administratifs, et sur ce plan, le Commissariat à l'Énergie Atomique a un rôle déterminant à jouer.

Cette transparence est d'autant plus nécessaire si nous voulons que le traité en cours de négociation sur l'interdiction des essais nucléaires soit élaboré dans de bonnes conditions et ratifié par toutes les parties.

En créant une commission d'enquête, il ne s'agit pas, quelle que soit l'opinion des uns et des autres sur ce sujet, d'engager une polémique sur la politique de la France en matière d'expérimentations nucléaires. Même si nous nous opposons vigoureusement à la décision du Président de la République, c'est un autre sujet. Il s'agit simplement de rendre l'information plus accessible, par la transparence, aux responsables politiques et aux citoyens, et de répondre enfin aux doutes qui subsistent dans l'opinion publique sur l'effet de ces essais.

Telles sont les raisons qui conduisent votre Rapporteur à vous proposer d'adopter la présente proposition de résolution.

EXAMEN EN COMMISSION

Lors d'une réunion le 23 janvier 1996, la Commission a examiné la proposition de résolution (n° 2316) de M. Jean-Pierre Brard tendant à la création d'une commission d'enquête sur les éventuels risques pour l'environnement des essais nucléaires en Polynésie française, sur le rapport de M. Michel Grandpierre.

Le Président Jacques Boyon a tout d'abord rappelé les conditions réglementaires dans lesquelles la Commission de la Défense était saisie de cette proposition de résolution en indiquant que celle-ci s'était prononcée en avril 1994 sur une proposition de résolution proche.

M. Michel Grandpierre a regretté qu'aucun document n'ait été jusqu'à présent rendu public sur les conséquences des essais nucléaires réalisés à Mururoa sur l'environnement, en dépit des quatre missions scientifiques envoyées sur le site. Une polémique s'est récemment développée à la suite des révélations du journal Le Monde concernant des fissures dans le sol de l'atoll. Les risques de catastrophe écologique existent comme l'ont reconnu un certain nombre de scientifiques. En tout état de cause, la transparence est plus que jamais nécessaire et le Parlement ne peut se satisfaire de la situation d'opacité actuelle. C'est dans le but de parvenir à cette transparence qu'est proposée la création de cette commission d'enquête.

Un rapport publié par l'O.N.U. en 1980 estimait, en particulier, que 15 000 personnes pourraient, à terme, décéder par suite des essais effectués par les Américains, les Britanniques et les Français.

Les répercussions des essais nucléaires sur les êtres humains à Mururoa pourraient être très graves. A l'époque des essais atmosphériques, des populations entières étaient déplacées vers Tahiti immédiatement avant les tirs, ce qui montre leur caractère dangereux. Certains témoignages font état de maladies qui recouvrent de nombreux symptômes communs (chute des cheveux, lésions cutanées purulentes, décollement de lambeaux de peau) touchant des personnes ayant mangé du poisson péché à Mururoa.

Les effets géologiques des explosions peuvent être redoutables dans l'avenir. En particulier, nul ne sait comment évolueront les cavités provoquées dans le socle basaltique de l'atoll par les explosions. Des cas de pollution radioactive directe ont été relevés comme l'a indiqué le journal Libération qui faisait état d'une décharge radioactive aménagée au nord de l'atoll et qui pourrait gravement polluer le site en cas de cyclone.

L'ensemble de ces éléments ne peut qu'engager l'Assemblée nationale à créer une commission d'enquête sur les éventuels risques pour l'environnement des essais nucléaires. La transparence est aujourd'hui nécessaire si nous voulons que le futur traité sur l'interdiction des essais soit ratifié par l'ensemble des parties. Il ne s'agit pas là d'engager une polémique sur la reprise des essais nucléaires mais simplement informer les responsables politiques et les citoyens.

Un débat a suivi l'exposé de M. Michel Grandpierre.

M. Jean-Pierre Brard a souhaité qu'une commission d'enquête puisse réaliser une travail objectif et rigoureux pour que l'Assemblée nationale dispose de tous les éléments de jugement. Il a souligné qu'un article paru aujourd'hui même dans le journal Le Monde faisait état de fuites radioactives à Mururoa.

M. Daniel Colin, après avoir jugé recevable la proposition de résolution, a rappelé qu'une délégation de la Commission de la Défense s'était récemment rendue à Mururoa et à Fangataufa. Cette mission a effectué sérieusement son travail d'enquête et n'a rien relevé d'anormal sur l'un ou l'autre des atolls où la faune et la flore se développent parfaitement normalement. La France est le pays qui a le plus fait pour la transparence en matière d'essais nucléaires. La prétendue augmentation du nombre des cancers de la thyroïde en Polynésie n'est fondée sur aucune statistique médicale sérieuse. De nombreuses missions scientifiques comprenant notamment des experts néo-zélandais et australiens ont été organisées et aucune n'a relevé de risque spécifique. Certaines critiques s'apparentent à des fantasmes : il faut aujourd'hui cesser de confondre la barrière de corail qui présente, comme c'est normal, des fissures et le socle basaltique dans lequel sont piégées les matières radioactives qui, même en cas de tremblement de terre improbable dans cette zone, ne pourraient s'échapper.

M. Charles Cova a souligné qu'il avait pu constater l'excellence de la situation écologique tant à Mururoa qu'à Fangataufa. Il a par ailleurs rappelé que les essais français avaient lieu à 1200 km de Tahiti alors que le champ de tirs de Névada n'est situé qu'à 150 km de Las Vegas.

M. Paul Merceria s'étonnant qu'une mission de la Commission de la Défense ait été envoyée à Mururoa sans que le groupe communiste n'en ait été informé, a souhaité savoir pourquoi la pluralité n'avait pas été respectée.

Le Président Jacques Boyon a indiqué que la composition de cette mission avait été fixée dans les conditions prévues par le bureau de l'Assemblée nationale, c'est-à-dire à la proportionnelle des groupes.

M. Jean-Pierre Brard, regrettant les réactions idéologiques de MM. Charles Cova et Daniel Colin, a rappelé que des expériences sur les êtres humains avaient été organisées lors de certains tirs nucléaires aux États-Unis.

M. Daniel Colin a indiqué que l'on mesurait plus de radioactivité dans certaines régions de métropole qu'à Mururoa et qu'il constatait beaucoup de mauvaise foi dans les arguments du groupe communiste.

M. Gaston Flosse a considéré qu'il était absolument faux de prétendre que les essais nucléaires étaient dangereux pour la santé. Il a rappelé les différentes missions comprenant des scientifiques de différentes nationalités qui avaient été envoyés à Mururoa : chacune de ces missions a rendu un rapport qui conclut à l'innocuité des essais pour l'environnement. Il a, par ailleurs, indiqué que le Président de la République souhaitait qu'une nouvelle mission soit organisée après la dernière de nos expérimentations. Il a fait part de son expérience personnelle qui l'avait conduit à assister à des tirs aériens il y a plusieurs années et souligné que ces tirs n'avaient eu aucune conséquence sur la santé de ceux qui y avait assisté. Il a regretté le déchaînement médiatique qui avait accompagné la reprise des essais, ce qui avait permis aux indépendantistes de proférer des déclarations irresponsables. Les Australiens se sont opposés à la France pour des raisons purement politiques car ils souhaitent faire du Pacifique sud une zone de laquelle notre pays serait exclu.

M. Gaston Flosse a ensuite rappelé qu'il était père de famille nombreuse et qu'en tant que Président du Gouvernement du Territoire de la Polynésie française il avait la responsabilité de la santé de 200 000 Polynésiens : nul ne pouvait croire qu'il pourrait laisser cette population en danger.

La Commission a ensuite repoussé la proposition de résolution (n° 2316) de M. Jean-Pierre Brard tendant à la création d'une commission d'enquête sur les éventuels risques pour l'environnement des essais nucléaires en Polynésie française.

Gazette Nucléaire 159/160 juillet 1997
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# Posté le mardi 24 janvier 2006 16:40

Le Réveil des Irradiés !

Le Réveil des Irradiés !
Contre le silence de l'armée française sur les cancers éventuellement liés aux essais nucléaires.

LE RÉVEIL DES IRRADIÉS

Une association de «vétérans des essais nucléaires», en contact avec 380 malades, plus de 3000 membres Vétérans et 1155 contacts, dénonce l'inertie de l'armée. Elle réclame une étude épidémiologique sur tous les personnels civils et militaires qui ont été exposés depuis 1960.

13 février 1960, dans le Sahara. Gerboise bleue, la première bombe atomique française, vient d'être testée avec succès. «Hourra pour la France!» s'écrie le général de Gaulle. Gérard Dellac effectue alors son service militaire au 620e groupement des armes spéciales. Un officier lui demande de le conduire en Jeep au «point zéro», à l'endroit exact où l'explosion nucléaire a eu lieu quelques heures auparavant. Pour y planter un drapeau tricolore ! A peine arrivés sur place, un hélicoptère les survole et leur ordonne de s'en aller immédiatement. De retour à la base de Reggane, en Algérie, on les passe au compteur Geiger et on découvre des poussières radioactives dans les cheveux. Direction la douche, pour décontamination.

«Je ne suis même pas allé à l'infirmerie. Rien !» raconte aujourd'hui Gérard Dellac. En 1991, trente et un ans plus tard, un médecin diagnostique chez lui un cancer de la peau (lésions spino-cellulaires) sur le visage. Gérard Dellac subira au total neuf opérations, dont l'une au cours de laquelle un chirurgien lui enlèvera l'oreille droite. Ce plombier du Tarn demande alors réparation à l'armée. L'affaire traîne. En janvier 2001, la Cour des pensions le déboute. En ces termes: «Le livret médical porte trace d'une irradiation. [...] Ce facteur peut constituer un risque supplémentaire de cancer de la peau au même titre que le soleil». Il est donc «impossible de déterminer une relation directe et certaine de cause à effet». L'affaire attend toujours d'être jugée en appel.

Le cas de Gérard Dellac n'est pas unique. Créée en juin 2001, l'AVEN (Association des Vétérans des Essais Nucléaires) (1) regroupant plus de 3000 membres Vétérans est en contact avec plus de 380 malades anciens militaires, salariés du CEA (Commissariat à l'énergie atomique). Ou avec leur veuve... Aucune certitude scientifique, mais beaucoup de questions. Et surtout la volonté de «faire la lumière sur l'impact sanitaire des essais nucléaires», comme l'explique Bruno Barrillot, l'un des animateurs de l'association et auteur de l'Héritage de la bombe (2). «Ceux qui nous contactent sont évidemment ceux qui ont des problèmes. Quatre cents cas, c'est important mais pas forcément significatif. Mais une chose est certaine: il y a véritablement matière à aller plus à fond dans les études médicales», affirme le Docteur Jean-Louis Valatx, président de l'association et ancien médecin militaire. L'association des Vétérans est en contact étroit avec une organisation polynésienne, «Mururoa e Tatou», qui rassemble environ 850 anciens travailleurs du nucléaire. En Polynésie, les essais ont duré de 1966 à 1996, les tests atmosphériques ayant cessé en 1974 au profit des essais sous-terrains. Aucune information n'est en revanche disponible sur l'état de santé des populations touareg du Sahara, où les premiers essais français ont eu lieu, entre 1960 et 1966.

Les yeux fermés

C'est pourtant en Algérie que les essais nucléaires se sont le plus mal passés. Les conditions de l'époque laissent songeur. Ainsi, une «note de service», classée «secret», précisait la dotation en «lunettes spéciales» pour le «jour J»: à l'exception des «expérimentateurs appelés par leurs fonctions à observer l'explosion», l'armée prévoyait «une paire de lunettes pour 40 personnes environ»... Mieux, «les membres des familles de militaires ou fonctionnaires présents à Reggane sont autorisés à assister à l'explosion». Suivent les consignes de sécurité : «le personnel se tiendra assis par terre, le dos tourné à l'explosion, les yeux fermés et masqués par un bras replié [...] Le personnel devra éviter d'exposer la peau nue (mains dans les poches, utilisation du chèche)». Ça, c'était pour une explosion en temps normal.

Rien n'était prévu pour les fiascos. Comme celui du 1er mai 1962, lors de l'essai «Béryl» à In-Eker (Algérie). Un test sous-terrain pour lequel un tunnel avait été creusé dans une montagne granitique, la Taourirt Tan Afella, au nord de Tamanrasset. Au moment du tir de l'arme atomique, les calculs des physiciens se sont révélés faux. Plus forte que prévue, l'explosion a fait sauter le bouchon du puits. Michel Dessoubrais, appelé au 621e groupement des armes spéciales, y était: «Avec ma patrouille, nous étions à une dizaine de kilomètres. Le sol tremblait et une très grande flamme horizontale est sortie de la montagne. Puis un grand nuage de fumée noire. Ce n'était pas normal, mais nous ne savions pas quoi faire. Nous avons mis nos masques à gaz et nous sommes restés près de trois heures sur place. Des gars en combinaison sont arrivés pour faire des prélèvements et nous ont dit de foutre le camp». Les neufs militaires sont décontaminés: «Sous la douche, deux gars m'ont frotté pendant plus de trois heures. Et on m'a rasé les cheveux.» Une semaine plus tard, les soldats sont transférés à l'hôpital Percy de Clamart, en région parisienne. «On nous a mis dans le pavillon des officiers, avec des gendarmes à l'entrée.» Pendant près de trois mois, les examens se succèdent, jusqu'à deux ou trois prises de sang quotidiennes. «On ne nous a jamais donné aucun résultat», assure Michel Dessoubrais, aujourd'hui retraité dans l'Indre.

Libéré, Michel Dessoubrais obtient une pension d'invalidité temporaire (trois ans) à 10 %. «Des séquelles? Ce que je sais, c'est que nos deux premiers enfants sont morts à la naissance. Mais ce n'est peut-être pas à cause de cela», dit-il. Michel Muller était également sur place le 1er mai 1962, comme pilote d'hélicoptère. Il est aujourd'hui aveugle, mais le ministère de la Défense estime que sa cécité «n'est pas imputable au service». L'accident de l'essai «Béryl» aurait pu tourner à l'affaire d'Etat: deux ministres assistaient en effet au tir et ont directement été touchés par les retombées: Pierre Messmer, ministre des Armées, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche scientifique. A 85 ans, le premier se porte bien; le second est mort d'un cancer en 1984, convaincu d'être une victime d'In-Eker.

Plus de 76 000 personnes concernées

Comment savoir? «Il n'y a jamais eu aucune étude sur les anciens militaires et civils des essais nucléaires», regrette Florent de Vathaire, épidémiologiste de l'Inserm. Ce chercheur de Villejuif étudie leur impact sur la santé de la population polynésienne, qui aurait pu être victime de retombées radioactives entre 1966 et 1974. «Nous avons pu constater qu'il n'y a pas eu de gros problèmes, explique-t-il. Mais maintenant nous voulons aller plus loin, avec une étude plus fine sur les cancers de la thyroïde. Or, nous n'avons aucun financement public pour le faire...». «Rien n'autorise à dire que les vétérans n'ont pas été contaminés lors des essais, mais rien ne le prouve non plus. Ce qui est sûr, c'est que certains sont psychologiquement traumatisés» (Comme d'habitude le nucléaire n'est pas dangereux sauf pour la santé mentale, c'est une découverte russe due à Tchernobyl), dit le député (PS, Nord) Christian Bataille (qui fait partie du lobby pronucléaire), coauteur d'un rapport parlementaire sur les essais nucléaires français. Cet élu reconnaît qu'il «sera peut-être nécessaire de procéder à une étude épidémiologique sur l'ensemble de cette population».
Nota : Cet Elu est coauteur d'un rapport parlementaire sur les essais nucléaires français, rapport qui n'a pas étudié les effets sur la santé, mais à quoi est-il payé ?!!!
Voir ------> Commission d'enquête sur les essais nucléaires en Polynésie française.

«Une telle étude est l'une des principales revendications de l'association des Vétérans», confirme Bruno Barrillot. D'autres pays ont donné l'exemple. L'Australie et la Nouvelle-Zélande, directement concernés par les essais britanniques, ont entamé de vastes recherches. En Grande-Bretagne, les militants de la British Nuclear Veterans Association ont contraint le gouvernement à réexaminer le dossier. Aux Etats-Unis, Washington reconnaît depuis 1988 le «principe de présomption», dispensant les malades de faire la preuve que leur affection est due à leur participation aux essais ou leur simple présence à proximité. Mais dans la réalité les vétérans atomiques sont rarement indemnisés. L'association des Vétérans réclame que la France se dote d'une législation similaire.

Combien d'hommes sont concernés? Le Commissariat à l'énergie Atomique (CEA) possède des chiffres. Anne Flüry-Hérard, médecin au cabinet du haut-commissaire: «En nous basant sur les dosimétries, nous savons qu'il y a environ 24 000 personnes au Sahara et 52 750 en Polynésie.» Au total, 76 750 personnes ont donc participé aux essais: des militaires, du personnel du CEA ou d'entreprises sous-traitantes, comme Thomson. Parmi eux, des populations locales: les PELO (personnels laborieux des oasis) en Algérie, puis les Polynésiens. Selon le CEA, 26 % des personnels ont été en contact avec des éléments radioactifs dans le Sahara et seulement 7 % dans le Pacifique. «Il s'agit essentiellement de doses extrêmement faibles, assure Anne Flüry-Hérard. Si l'on prend le seuil de 100 millisiverts, à partir duquel on peut commencer à avoir un risque de cancer, nous avons deux cas en Polynésie - des pilotes qui allaient faire des prélèvements dans les nuages radioactifs - et quarante-neuf dans le Sahara, la plupart liés à l'accident Béryl.»
(Nota : Non il n'y a aucun seuil, cette personne en affirmant cela est en contradiction avec tous les règlements internationaux sur le nucléaire !)

«Bureaucratie un peu lourde»

Tout a-t-il été correctement enregistré à l'époque? Ce n'est pas certain. «Nous avions un dosimètre pour quatre ou cinq militaires. C'est le chef qui l'avait», raconte Gérard Dellac. Au service de santé des armées, on reconnaît qu'il peut y avoir des trous. «Nous n'avons pas retrouvé la trace de certains personnels qui ont pu aller dans le Sahara pour une mission sans y être affecté», constate le médecin chef Christian Estripeau, pour qui il y a «sûrement» des affections liées au nucléaire.

Le Docteur Jean-Louis Valatx Président de l'association des Vétérans et ancien médecin militaire demande un «accès aux dossiers médicaux militaires en levant le secret-défense qui n'a pas lieu d'être». Cet accès au dossier, qui permet d'appuyer une demande de pension, est libre, à condition que la demande soit faite par le médecin traitant. En revanche, les veuves des vétérans rencontrent des difficultés pour y accéder. La loi sur le droit des malades autorise les patients à demander directement leur dossier, mais ce nouveau texte n'est applicable en Polynésie française - un territoire d'outre-mer - que si le gouvernement le souhaite. «En Polynésie, nous n'avons aucune demande de dossier médical», explique un officier supérieur qui a été en poste à Tahiti. «Aucun médecin ne peut fournir les dossiers médicaux lorsque c'est une association qui les réclame, reconnaît le chercheur Florent de Vathaire. En fait, les gens s'y prennent mal.»
Voir --------> Tahiti et la nécessité des enquêtes épidémiologiques

En métropole, les dossiers des anciens militaires sont conservés dans plusieurs endroits: les suivis dosimétriques à Clamart, les dossiers médicaux à Pau et les archives hospitalières à Limoges. Quant aux demandes de pensions, c'est le secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants qui s'en charge. Mieux vaut frapper à la bonne porte. Dans l'entourage du ministre de la Défense, on reconnaît l'existence d'«une bureaucratie un peu lourde» et l'on réfléchit à la création d'une «interface» pour mieux répondre aux «demandes légitimes». Après les élections ?

Par Jean-Dominique MERCHET

(1) AVEN Siège Social
Association des Vétérans des Essais Nucléaires
187, montée de Choullans
69005 LYON.
Tél.: 04 78 36 93 03.
Sur le Net: www.aven.org
E-mail : aven@aven.org
Liste des délégués départementaux

L'AVEN a pour but de soutenir la cause de tous les Vétérans et, particulièrement, ceux porteurs de maladies radio-induites, en intervenant auprès des autorités administratives et judiciaires pour obtenir :

- Le recensement des personnels civils et militaires qui ont travaillé aux Centres d'Expérimentation du Sahara et du Pacifique.
- L'accès aux dossiers médicaux militaires des personnels des essais, en levant le " secret défense ".
- La présomption d'origine des maladies radio-induites.
- Une Commission du suivi des essais nucléaires.
- Un fonds d'indemnisation des victimes civiles et militaires des essais nucléaires et un droit à pension pour les personnels civils et militaires et leurs ayants droit.

Nota : L'association sollicite l'aide de juristes, médecins, scientifiques et journalistes pour mener à bien sa mission.

(2) L'Héritage de la bombe, éditions CDRPC, 320 pages, 18 a.

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Pour une reconnaissance des effets des expérimentations nucléaires en Polynésie

Papeete - Tahiti : 26 juillet 2003

Il y a maintenant 40 ans que le CEP Français s'installait en Polynésie grâce au don des atolls de Moruroa et Fangataufa du Territoire de Polynésie à l'Etat Français. Pendant les 30 années que dureront les essais nucléaires, 4700 travailleurs polynésiens seront embauchés pour construire le site, les infrastructures, les plateformes de tir, les forages souterrains et pour récupérer au fond du lagon les matériels.
46 essais atmosphériques, les plus nocifs, seront effectués de 1966 à 1974. Des incidents atmosphériques ont entraîné des contaminations du site, des îles et des atolls les plus proches. 147 essais souterrains seront effectués de 1975 à 1996. Ces essais, normalement moins nocifs, seront également émaillés d'accidents avec des fuites de gaz radioactifs en surface, qui seront constatés et mesurés par l'AIEA.
Pendant ces essais, les autorités civiles (CEA) et militaires françaises ont toujours affirmé publiquement que ces essais étaient " propres ", qu'elles avaient la maîtrise totale des techniques, qu'elles assuraient la protection et un suivi rigoureux des personnels et de l'environnement, enfin que " tout est impeccable, il n'y a rien à voir, circulez ", black-out total.
Malheureusement, 40 ans après la réalité est tout autre. Aujourd'hui, plus de 1000 anciens travailleurs polynésiens ont des problèmes de santé qu'ils attribuent à leur séjour à Moruroa. Et comment pourrait-il en être autrement puisqu'à aucun moment, à l'embauche, pendant les séjours et au départ du CEP, les travailleurs n'ont pas été informés des risques qu'ils encourraient, ni des résultats biologiques et dosimétriques des examens que le service de santé des Armées leur faisaient : " Tout va bien !! Bon pour le service "
La réalité est tout autre, car plusieurs années après des travailleurs sont atteints de maladies malignes que ni le service de santé des Armées, ni l'assurance maladie ne veulent reconnaître comme maladies professionnelles imputables au service.
Comment se fait-il que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie et la Nouvelle-Zélande reconnaissent les risques encourus par leurs personnels civils et militaires et déterminent par voie législative la liste de 21 maladies malignes (cancers) imputables à la présence sur les sites ? Les ingénieurs civils et militaires français seraient-ils beaucoup plus intelligents que leurs homologues anglo-saxons ? Les travailleurs polynésiens seraient-ils beaucoup plus résistants à la radioactivité que les travailleurs nord-américains, anglais, australiens et néo-zélandais ?
Non, le CEA et le ministère de la Défense, convaincus de leur puissance technique, rassurés par le dispositif de protection et les rapports de l'AIEA, se sont enfermés dans une attitude hautaine, arrogante, voire méprisante et ne veulent pas admettre qu'il n'y a pas de nucléaire propre et que des incidents et accidents ont bien eu lieu, entraînant des contaminations radioactives des personnels et de l'environnement.
Il faut que la vérité soit faite, que les archives du CEA et du ministère de la défense soient ouvertes, qu'une loi reconnaisse les maladies imputables à l'exposition sur les sites et qu'un fond de compensation soit créé pour les travailleurs malades et leurs familles et que des expertises dosimétriques soient effectuées par des experts indépendants sur l'ensemble du territoire polynésien et enfin que des mesures soient prises pour contrôler les déchets nucléaires enfouis dans les atolls de Moruroa et Fangataufa.
Les associations, les Eglises, les partis politiques et les personnalités signataires demandent au Président de la République française ainsi qu'au Président-Sénateur de Polynésie française que les revendications des anciens travailleurs polynésiens et de l'ensemble du peuple polynésien soient prises en compte :

- Reconnaissance par l'Etat de sa responsabilité dans la santé des anciens travailleurs et des populations affectées par les retombées des essais.
- Vote d'une loi au Parlement sur le suivi sanitaire des essais nucléaires.
-Indemnisation des victimes et des familles des anciens travailleurs.
- Ouverture des archives pour que la vérité soit faite sur l'innocuité prétendue des essais.

Signataires (au 26 juillet 2003)

Associations, Eglises, Partis politiques, Personnalités :

- Association Moruroa e tatou
- Eglise Evangélique en Polynésie française
- Fetia Api Heiura
- les Verts Polynésiens
- Ia Mana te Nunaa
- Te Hono e tau i te honoauì
- Philip Schyle, Maire de Arue, Président du Fetia Api

Conseillers à l'Assemblée de Polynésie Française :

- Dominique Amiot, conseiller territorial de Polynésie française
- William Aumeran, conseiller territorial de Polynésie française
- Tamara Bopp Du Pont conseillère territoriale de Polynésie française
- Nicole Bouteau, conseillère territoriale de Polynésie française
- Loïc Brigato, conseiller territorial de Polynésie française
- Rosine Chin Foo, conseillère territoriale de Polynésie française
- Valentina Cross, conseillère territoriale de Polynésie française
- Tilda Fuller, conseillère territoriale de Polynésie française
- Antony Geros, conseiller territorial de Polynésie française
- Unutea Hirshon, conseillère territoriale de Polynésie française
- Henriette Kamia, conseillère territoriale de Polynésie française
- Victor Maamaatuaihutapu, conseiller territorial de Polynésie française
- Antonio Perez, conseiller territorial de Polynésie française
- Jean-Marius Raapoto, conseiller territorial de Polynésie française
- James Salmon, conseiller territorial de Polynésie française
- Hirohiti Tefaarere, conseiller territorial de Polynésie française
- Oscar Temaru, conseiller territorial de Polynésie française, Maire de Faa'a
- Noa Tetuanui, conseiller territorial de Polynésie française
- Marie-Laure Vanizette, conseillère territoriale de Polynésie française


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Lettre ouverte à M. de la Graviére (7 avril 2005)

Lettre ouverte à

Monsieur Jurien de la Gravière
Délégué à la sûreté nucléaire et à
la radioprotection pour les activités
et installations intéressant la Défense

Monsieur le Délégué,

Votre invitation à vous rencontrer le vendredi 8 avril 2005 durant une heure pour nous présenter l'état des travaux réalisés et la programmation de ceux en cours ne saurait évidemment nous satisfaire.

Il ressort de l'entretien que nous avons eu avec un conseiller du Président de la République lors de leur passage à Papeete en juillet 2003 et l'annonce qui a été faite à la presse en Polynésie par la suite, Jacques Chirac a pris l'engagement de mettre en place un suivi interministériel "avec les personnes et les services concernées". Cette déclaration ne laisse donc aucun doute quant à la participation active de l'association Moruroa e Tatou et celle de l'AVEN, représentant les vétérans des essais nucléaires de France.

Or, il semble que le comité de liaison pour la coordination de suivi sanitaire des essais nucléaires (CSSEN) ne soit uniquement composé de représentants des ministères de la Santé et de la Défense, c'est-à-dire des seules institutions dont la responsabilité pourra être mise en cause. L'on ne saurait davantage être juges et parties ! Vous comprendrez que les victimes des essais nucléaires qui, nous vous le rappelons, ont duré trente ans, ne sauraient admettre l'existence d'une nécessaire objectivité dans le résultat des travaux que vous souhaitez leur exposer en seulement une heure.

La justification de notre exclusion selon laquelle les travaux de ce comité sont scientifiques, n'est pas acceptable. Avant tout, les travaux doivent prendre en compte l'aspect humain des conséquences sur la santé des anciens travailleurs. Cependant, l'association AVEN comprend des scientifiques capables de tenir le niveau des débats qui pourraient avoir lieu pour obtenir et comprendre ce qui intéresse nos associations. A savoir : les rapports des missions chargées de la protection radiologique et du contrôle biologique lors des essais de
1966 à 1996 ( SMSR, service mixte de sécurité radiologique et SMCB, service mixte de contrôle biologique) ; connaître les mesures précises qui ont réellement été prises pour la protection radiologique des personnels des sites ; obtenir les rapports sur les conditions radiologiques à Moruroa et Fangataufa au retour des personnels sur les sites après chaque essai. Cette liste n'est évidemment pas exhaustive, tous les moyens utiles à la recherche de la transparence et de la vérité sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires doivent aller de soi. Il n'entre évidemment pas dans nos projets de connaître les secrets de fabrication d'une bombe.

Pour toutes ces raisons, vous concevrez que, d'une part, nous ne nous rendons pas à la convocation du 8 avril ; d'autre part, les associations Moruroa e Tatou et AVEN soient intimement liées et ne sauraient être ni exclues, ni séparées dans les réunions de travail dudit comité.

Nous restons à votre disposition pour envisager un dialogue sur cette base, conformément à l'engagement pris par le président de la République.

Veuillez agréer, Monsieur le Délégué, l'expression de nos sentiments distingués.

Roland Pouira OLDHAM
Président de Moruroa e Tatou

Commentaire :
Le Comité de liaison n'a toujours pas inclu les Associations représentatives Moruroa e Tatou et AVEN !!!


# Posté le mardi 24 janvier 2006 17:57
Modifié le vendredi 06 juillet 2007 06:37